​À PROPOS DE "street therapy"

A travers la street photography, je m'amuse de la symétrie, des reflets, des ombres, des couleurs, et des lumières qui, sans que l'on y prête attention, égayent notre quotidien et dont je m'étonne parfois d'être un spectateur singulier.

 

Ces fragments se révèlent d'ailleurs souvent à la réception de mes tirages que j'aime produire comme des objets : des grands formats qui deviennent alors captivants, intenses, quasi hypnotiques nous rendant seuls face à l'image.

 

Cette notion de solitude est précisément de plus en plus présente dans mes photographies.

Je m'interroge sur la place de l'homme dans son environnement, et particulièrement dans l'urbanité oppressante qui individualise, isole et confine.

 

J'y recherche avec frénesie des silhouettes anonymes, parfois floues, parfois distinctes, suggérées, rognées ou dissimulées qui mettent en exergue cette sournoise solitude ressentie dans les mégalopoles du Monde. Tel un syndrôme de Stockholm nous l'acceptons et l'alimentons en détournant le regard pour éviter de croiser le quelconque, voire le laid.

 

Je ne fais pas que voir : je m'efforce de percevoir, pour contempler notre quotidien d'aujourd'hui et mieux penser notre monde de demain.

 

Des biais pour une probable thérapie personnelle, où se croisent ma quête effrénée d'images et mon désir de vivre l'instant à tout prix.

Street Therapy est une flânerie photographique à travers les espaces urbains que je suis amené à parcourir autour du globe : cosmopolites, singuliers, évidents ou parfois plus cachés.

Des instantanés de voyages guidés par un chemin personnel dans lesquels le graphisme des architectures s'associe à la vivacité de la couleur, toujours présente, comme un but qui m'obsède.

 

A travers mes photographies, j'ai envie que l'on puisse imaginer les sons, percevoir les goûts, sentir les odeurs, l'effervescence de la ville ou la quiétude du vide que j'ai pu éprouver à la prise de vue.

Des sensations éphémères qui caractérisent chez moi une certaine persistance au recommencement et une frénétique dépendance à l'évasion.

Je mets ainsi beaucoup d'energie à observer la vie avec un regard positif, empreint de l'alchimie des sens mais infiniment admiratif.

 

Mon errance photographique est aussi un éloge de la lenteur. La photographie m'a appris à maîtriser le temps pour lui donner une dimension constructive dans ma démarche artistique. C'est bien ce paramètre qui guide mon travail pour lequel je n'ai jamais de plan, pas de concept, pas d'ambition. Et tout l'intérêt de cet art qui selon les mots de John Stuart Mill, est "une brêve complicité entre la prévoyance et le hasard" permettant sans le savoir de suivre un chemin inconscient.

 

Dans mes déambulations je contemple ce qui m'entoure, je m'attarde sur des détails parfois subtils qu'un regard furtif aurait pu ignorer. 

© 2020 - Alexandre Alloul Photographie